La deuxième chose à donner est plus psychologique et peut surprendre ; le don de l’absence de peur, d'intrépidité, de courage et de confiance. Beaucoup de gens sont inquiets et anxieux, tendus, jamais à l’aise, ce don est donc très précieux. Dans ce cas, ‘donner’ ne doit pas être pris trop littéralement, la confiance est plutôt éveillée que donnée. Cela vaut pour toutes les qualités positives que l’ont peut avoir développés soi-même, on peut les donner, les susciter chez les autres. Mais pourquoi la tradition bouddhiste insiste-t-elle plus spécialement sur le don de l’intrépidité ?
La peur de la mort, de la maladie, de la perte de ce qui nous est cher, est universelle. Même de nos jours les gens craignent avec raison d’être attaqués par des animaux sauvages, des voleurs, des agresseurs, craignent tremblements de terre, inondations, feu, famine, la corruption et l’injustice. Un ami russe à moi me décrivait un jour l’expérience de son arrivée sur le continent américain. Il était quelqu’un de très sensible et il ressentit une atmosphère particulière, comme un brouillard, quelque-chose d’humide et qui s’accroche, gris et lourd. Il se dit que ce n’était pas physique, ne venait pas des cheminées d’usine et il lui vint à l’esprit : la peur, la peur s’exhalant de ce vaste continent, comme un nuage oppressant au-dessus du pays. Ce sens d’inquiétude et d’insécurité est une des caractéristiques de notre époque, qui a été adéquatement appelée l’âge de l’anxiété. Et dans ce nuage les gens essaient de vivre, travailler, respirer. Le gens ont peu de confiance l’un en l’autre, peu de confiance en la vie même, et certainement peu de confiance en eux-même.
Le manque de vraie confiance en soi que l’on remarque chez beaucoup de gens de nos jours vient souvent de quelque forte émotion dont ils ne veulent pas faire l’expérience, mais qui essaie néanmoins de se manifester, ce dont ils sont à moitié conscients. Quand on la sent s’élever, on fait l’expérience d’une sensation de malaise que l’on appelle l’anxiété. Comme toute forme de peur, l’anxiété est une émotion défavorable que l’on doit résoudre. Pour cela on doit reconnaître et confronter l’émotion sous-jacente, quelle qu’elle soit. On peut alors avoir besoin d’un ami spirituel pour nous aider à identifier ce qui essaie d’émerger au niveau du conscient, pour nous rassurer que nous pouvons y faire face, qu’il n’y a rien à craindre. Une fois confrontées, ces émotions perdent leur pouvoir et certaines d’entre elles se révèlent même être positives. Mais qu’elles soient négatives ou positives, l’énergie investie en elles doit être intégrée dans notre vie consciente et notre personnalité.
Ceux qui pratiquent la méditation sauront que de temps en temps une expérience de peur profonde s’élève. Au début cela peut être quelque-chose qui vient de notre enfance, ou même plus tôt, mais à un certain stade –du moins chez certaines personnes- une peur bien plus primordiale s’élève ; Pas la peur de quoi que ce soit en particulier mais une peur qui vient des profondeurs de l’être, des racines de l’existence. Cette peur aussi doit être confrontée et surmontée.
Dans les sûtras du Mahayana le bodhisattva ne donne pas seulement l’absence de peur mais la confiance en soi, les encouragements, l’inspiration. Dans la ‘Guirlande Précieuse’, Nagajuna dit :
« Tout comme les fermiers se réjouissent
Quand les nuages porteurs de pluie s’amoncellent,
Ainsi, celui qui réjouit les êtres
Quand il les rencontre est bon. »
Le bouddhisme Mahayana insiste continuellement sur l’importance de rendre les gens heureux, non de façon frivole, mais en suscitant une joie sincère, ce qui veut dire en les aidant à confronter leurs peurs et leurs anxiétés. Si l’on prend plaisir à exciter la peur dans les autres, cela montre un désir d’avoir du pouvoir sur eux, mais si l’on veut simplement les rendre heureux, cela suggère le contraire : que l’on se donne à eux au lieu d’essayer de les contrôler à ses propres fins. Le bodhisattva, étant joyeux, répand confiance et bonheur autour de lui. Gampopa dit dans ‘Le Précieux Ornement de la Libération’, citant le Varmavyuta-mindesa sûtra :
« Le Bodhisattva revêt l’armure
Pour rassembler tous les êtres autour de lui.
Puisque les êtres sont infinis,
Telle est son armure. »
‘L’armure’ du bodhisattva est sa motivation, et l’idée de rassembler tous les êtres autour de lui suggère qu’il est au centre d’un mandala, rassemblant les gens autour de lui en ce que les bouddhistes appellent une sangha, une communauté spirituelle. On peut ainsi penser à une communauté spirituelle comme à un mandala, avec un Bouddha ou un bodhisattva à son centre.
Ainsi le bodhisattva a un effet harmonisant, créatif. Il y a cette masse d’êtres humains, se battant et se querellant, essayant de contrôler l’un l’autre, d’accumuler des richesses. Le bodhisattva vient parmi eux et graduellement transforme le chaos en un cosmos, la confusion en splendide mandala et la société en communauté spirituelle. C’est comme si, dès que l’on décidait d’avoir pour but l’atteinte de l’éveil pour le bien des autres, une sorte de vibration s’installe, et les gens dans notre environnement immédiat forment une sorte de mandala autour de soi.
Cela se passe à une moindre échelle quand on organise une retraite par exemple. Beaucoup de gens arrivent avec toutes sortes d’idées et d’attentes différentes, et toutes sortes de tempéraments. En établissant simplement le programme de la retraite, on agit de façon harmonisant et intégratrice, où que l’on soit, à la maison, au travail ou en vacances. Bien sûr, toutes sortes d’autres forces et facteurs auront aussi leur effet, et ils peuvent aller à l’encontre de notre influence, mais malgré tout, elle est là .
On peut penser à sa place dans le mandala, que se soit en tant que gardien de ses portes ou de divinité faisant des offrandes, ou autre, selon le mythe que l’on essaie d’actualiser dans sa vie, mais tant que l’on fait un effort spirituel, on aura sa place dans le mandala.
Le troisième don du Bodhisattva est celui de l’éducation et de la culture. Où que le Bouddhisme pénètre en Asie, il influence non seulement la vie religieuse mais l’art, les sciences, les connaissances de toutes sortes. En fait il n’y a pas à faire de distinction réelle entre la religion et la culture : à travers les arts et les sciences, le cœur et l’esprit sont rafinés et deviennent plus au diapason des réalités spirituelles.
Un aspect important de l’activité du Bodhisattva est de promouvoir la création et l’appréciation des œuvres d’art, ainsi que l’approfondissement et la dissémination de la connaissance dans d’autres domaines de recherche qui conduisent à la découverte et à l’expression de la vérité et de la beauté.
1. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
2. L’atruisme.
3. Dana, ou générosité.
4. Le don de l’absence de peur, ou de courage.
5. * Le don de sa propre vie.
6. Sila paramita, la perfection de l’éthique.
7. Végétarisme et bouddhisme.
8. Mariage et bouddhisme.
1. Origine et développement de l’idéal du bodhisattva.
2. L'éveil du cœur bodhi ou la bodhicitta utpada.
3. Le vœu du Bodhisattva.
4. * Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
5. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
6. Sur le seuil de l’Eveil.
7. La hiérarchie des bodhisattvas.
8. Bouddha et Bodhisattva ; éternité et temps.
Par Urgyen Sangharakshita.
Association Loi 1901,
Membre de l’Union Bouddhiste Européenne ou EBU.
‘Bodhisattva ideal’ © Sangharakshita 1999, Windhorse Publications, traduction © Varadakini 2006.
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Dernière mise à jour:
21 juillet, 2008.