La Sagesse et les six maillons.

Tertio, la troisième grande étape : la Sagesse. La Sagesse correspond aux six maillons positifs :

1. La connaissance et la vision des choses telles qu’elles sont arrivent en dépendance de la concentration.

2. Le retrait du conditionné arrive en dépendance de la connaissance et de la vision des choses telles qu’elles sont.

3. Le dégoût du conditionné arrive en dépendance du retrait du conditionné.

4. La disparition de passion arrive en dépendance du dégoût du conditionné.

5. La liberté arrive en dépendance de la disparition de passion.

6. La connaissance de la destruction des asravas (des poisons mentaux) arrivent en dépendance de la liberté.

Le point d’équilibre E est le point auquel la méditation finit et la sagesse commence. Non pas que lorsque l’on développe la Sagesse on s’arrête de méditer. Au delà de ce point, nous ne sommes plus attiré par le conditionné. Ce point de non-retour est qualifié d’entrée du courant. Ces termes provoquent une nouvelle comparaison. « courant » représente la force d’attraction irrésistible de l’inconditionné, une fois que l’on s’en est approché assez près. Supposons qu’il y ait un fleuve, et la terre à côté du fleuve est le conditionné. Et nous nous tenons à un certain point sur cette terre qui borde le fleuve. Alors la distance qui nous sépare du fleuve correspond à l’étape de la moralité. Et la distance du bord du fleuve jusqu’au milieu du courant correspond à l’étape deux, la méditation. Et une fois que l’on sent la force du courant qui coule vers l’océan, lorsqu’on est au milieu du courant, il suffit de s’y abandonner. Et ce point où l’on s’abandonne à la force du courant est le point de non-retour. Et la distance de ce point jusqu’à l’océan est la troisième étape : celle de la sagesse.

Incidemment, je me rappelle d’une parabole de Sri Ramakrishna, grand saint et professeur indien contemporain. Il décrivait la différence entre travail et grâce. Il disait, c’est comme de ramer avec une petite barque jusqu’au centre du fleuve. Il disait que le processus de ramer avec les avirons et avec peine jusqu’à mi-fleuve représente le travail, le karma. Mais il disait qu’une fois à mi-fleuve, on peut monter les voiles et se laisser porter par le vent, en posant les avirons. Il faut juste tenir la barre. Et le vent représente la grâce, ou la force gravitationnelle de l’inconditionné.

Nous avons donc localisé le point de non retour, et apprécié son importance. Le but ultime est l’illumination, mais cela n’est qu’un mot ; on ne peut rien y attacher. C’est trop au-delà de nous, trop distant. Donc, notre but immédiat c’est d’atteindre le point de non retour. Et une fois là, l’Illumination est garantie, dans un délai au maximum de sept vies.

Mais revenons à la force d’attraction du conditionné. Cette force est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie humaine. Il est capital de la voir à l’œuvre, dans toute sa puissance et son omniprésence. On se rend alors compte qu’on ne peut jamais se reposer, se relaxer, avant d’avoir atteint le point de non retour.

 

L’entrée dans le courant - le point de non-retour :
par Urgyen Sangharakshita.

 

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Dernière mise à jour:
20 juillet, 2008.