Les émotions brutes peuvent être raffinées par les pratiques qui développent la foi et la dévotion, comme la puja en sept parties et par le contact avec l'art. Certains peuvent se demander ce qu'un mouvement bouddhiste a à faire avec les arts, penser que les deux sont quelque peu incompatibles. En fait ce n'est qu'une méthode par laquelle nos énergies émotionnelles peuvent être raffinées et focalisées afin d'être accessibles pour la vie spirituelle, pour la pratique de toutes les perfections que le bodhisattva doit pratiquer pour atteindre la bouddhéité.
Quand ses énergies coulent toutes dans une seule direction, qu'elles ne sont plus divisées, le bodhisattva devient l'incarnation de l'énergie. En même temps, pas de précipitation, pas de tapage, pas d'impatience ou d'agitation, juste une activité continue et sans faille pour le bien de tous les êtres sensibles.
Santideva dit que le bodhisattva est comme un éléphant (ce qui est un grand compliment dans la tradition indienne.) Apparemment l'éléphant, le mâle en particulier, aime beaucoup jouer. Il adore se baigner dans les étangs de lotus. Il s'asperge joyeusement d'eau, barrit, cueille de gros bouquet de fleurs de lotus, les lave soigneusement et les mange. Et passe ainsi joyeusement la journée. Dès qu'il a fini de jouer dans un étang, il plonge dans un autre. Et Santideva nous dit que le bodhisattva est pareil. Dès qu'une tâche est finie il plonge en plein dans une autre avec autant de délice. Et le bodhisattva ne pense pas qu'il fait quoi que ce soit d'exceptionnel. Il ne pense pas :
« eh bien, me voilà ouvrant pour le bénéfice de tous les êtres ».
La manifestation de son énergie est désintéressée, comme le bouillonnement spontané d'une fontaine, l'épanouissement naturel d'une fleur. Parfois on parle de l'activité du bodhisattva comme « lila », un sport, une sorte de jeu du bodhisattva. C'est ainsi qu'il fait l'expérience de la manifestation des perfections, les différents aspects de la voie vers l'éveil, et éventuellement du grand jeu de la bouddhéité, la manifestation de l'éveil même. Le « Lalitavistara », le titre d'une biographie Mahayana du Bouddha, est un mot composé qui peut être traduit comme « Le Rapport Détaillé du Jeu (du Bouddha) ».
Cette idée de la vie spirituelle comme un bouillonnement joyeux d'énergie transcendantale a une place proéminente dans la pensée et la vie religieuses indiennes. Certaines personnes prennent la vie religieuse très sérieusement, elles pensent que plus sérieux l'on est, plus religieux l'on est. Mais la vie du bodhisattva n'est pas comme cela. C'est un peu un sport, c'est-à -dire que d'une certaine manière c'est une fin en soi, sans calcul, naturel et agréable.
Nous voici donc à la fin de notre section sur virya, l'aspect « masculin » de la vie spirituelle. Nous n'avons pas ici, bien sûr, une étude complète de ksanti et virya, mais suffisante j'espère pour indiquer les natures spécifiques à chacune de ces deux paramita, et pour clarifier l'utilisation des adjectifs « féminin » et « masculin ».
Virya est clairement la plus active, manifeste, créative de cette paire de paramita, alors que ksanti est la plus passive, réceptive, et tranquille. Entre elles, elles représentent une polarité très importante dans la vie spirituelle, et nous pourrions dire, deux approches radicalement différentes de la pratique spirituelle. L'une de ces approches insistant sur les efforts personnels - fais-le toi-même, s'évertuer ; tandis que l'autre fait ressortir la dépendance d'un pouvoir extérieur à soi-même - confiance, dans certains cas, en la grâce divine. La première est l'attitude de se lever et de faire les choses soi-même, et l'autre de se détendre et de se laisser faire si l'on peut dire.
En Inde ils ont une façon charmante d'évoquer ces deux approches : l'une disent-ils, est l'attitude du singe et l'autre est l'attitude du chaton. Dès que naît un bébé singe il s'agrippe à la fourrure de sa mère très fortement. Il est vrai que la mère porte le bébé, mais le bébé doit tout de même s'accrocher de par sa propre force. Le chaton par contre, est complètement dépendant : sa maman doit le prendre par la peau du cou et le transporter. Dans la tradition indienne, l'approche du type singe est associée à « jnana », ou sagesse. La personne sage compte sur elle-même et est auto motivée. L'attitude du chaton est associée à « bhakti », la voie de la dévotion, un sentiment de dépendance d'un pouvoir divin ou d'un idéal supérieur à soi.
1. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
2. Trois domaines de pratique de l’endurance.
3. Kshanti en tant que tolérance.
4. Kshanti en tant que réceptivité spirituelle.
5. Virya - énergie à la poursuit du bien.
6. Le raffinement des émotions brutes.
7.* Le bouddhisme Zen et le bouddhisme Shin.
1. Origine et développement de l’idéal du bodhisattva.
2. L'éveil du cœur bodhi ou la bodhicitta utpada.
3. Le vœu du Bodhisattva.
4. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
5. * Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
6. Sur le seuil de l’Eveil.
7. La hiérarchie des bodhisattvas.
8. Bouddha et Bodhisattva ; éternité et temps.
Par Urgyen Sangharakshita.
Association Loi 1901,
Membre de l’Union Bouddhiste Européenne ou EBU.
‘Bodhisattva ideal’ © Sangharakshita 1999, Windhorse Publications, traduction © Varadakini 2007.
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Dernière mise à jour:
21 juillet, 2008.